Compte-rendu de notre dîner-débat du jeudi 19 juin 2003, 20 h

"Comment s'unir pour valoriser les propriétaires de chevaux de courses au galop ?"


Les Actionnaires du Galop ont organisé leur premier dîner-débat au restaurant Andiamo, 21 rue Duret, à Paris XVIème, le jeudi 19 juin 2003, à partir de 20 heures.
58 personnes se sont réunies pour y participer, représentant toutes les composantes de la filière des courses : propriétaires, bien sûr (José BRUNEAU DE LA SALLE, etc.), entraîneurs (Christiane HEAD, etc.), éleveurs (Patrice RENAUDIN, etc.), jockeys (Maurice PHILIPPERON), journalistes hippiques (Guy de LA BROSSE, Stéphane GUY). Certains venaient de loin (par exemple, Yannick BEYO, de Marseille ; M. et Mme FRICKER, de l'est de la France, etc.).

Discours d’accueil de la Présidente
Corine BARBE prend la parole pour remercier de leur venue tous les participants.
« Bonsoir à tous et merci d’être venus en nombre.
Les Actionnaires du Galop ont la réputation de vouloir changer les choses.
J’espère que le débat de ce soir vous en apportera une démonstration constructive.
Cette initiative est un pari sur notre passion commune
Plutôt que de laisser chacun se demander ce que France Galop peut faire pour lui, nous voulons que chacun d’entre nous se demande ce qu’il peut faire pour le Galop.
L’esprit de notre démarche est de vous donner la parole, de réunir les personnes de bonne volonté qui veulent travailler à l’amélioration de la condition des propriétaires de Galop et par voie de conséquence directe à la santé de toute la filière.
Si nous avons choisi la valorisation des propriétaires, c’est que chaque effort envers les propriétaires implique une avancée de toutes les corporations (il en est de même pour les parieurs).
Si, à l’issue de ce débat, tous réalisent que l’intérêt de chacun passe par l’intérêt général et que c’est l’union et la force de proposition qui nous permettront d’atteindre note but, l’essai sera transformé.
Je remets le micro à Laurent pour vous donner la parole et, n’oubliez pas :
À l’image de l’avenir du Galop, ce débat sera ce que nous en ferons ensemble !"

Les thèmes du débat
Laurent BROOMHEAD propose trois thèmes de débat :
- L’image des courses auprès du grand public.
- La valorisation des propriétaires.
- L’argent.

1) L’image des courses

- José BRUNEAU DE LA SALLE est le premier à intervenir, et choisit de lancer le débat sur les retransmissions télévisées : Qu’on donne plus souvent le micro aux acteurs des courses ! dit-il. L’oeil ému de l’AGA KHAN après sa récente victoire dans le Prix du Jockey-Club, ou l’émotion d’un des nombreux propriétaires associés du Club Galop après la victoire d’un de ses chevaux dans un quinté ne sont pas les moindres attraits des retransmissions télévisées.
Un autre sujet de discussion est proposé, celui des seuils de revenus, jugés trop dissuasifs : comment peut-on justifier d’imposer aux Parisiens 500 000 F de revenu ! L’enquête préalable à laquelle est soumis l’agrément des couleurs est également très mal perçue : « Nous sommes la seule activité qui commence par une convocation à la Préfecture ! »
- M. PASQUIOU souhaite qu’en particulier pour ce qui est des enfants des propriétaires qui pourraient déclarer leurs couleurs, on ne recoure pas à ce seuil dès lors que les parents peuvent garantir les paiements.
- M. SAMAMA dit que ces procédures dépendent non pas de France Galop, mais des Renseignements Généraux et du Ministère de l’Intérieur.
- M. BRUNEAU DE LA SALLE n’est pas tout à fait d’accord : ce sont quand même les commissaires de France Galop qui indiquent qui il faut convoquer. C’est France Galop qui fixe le seuil des revenus.
- M. DELLOYE dit qu’il a entendu quelques erreurs. La barre des revenus a été effectivement fixée à 500 000 F à Paris, 250 000 F en province, dit-il. Mais on prend en compte la notion de patrimoine (pour le cas des enfants de propriétaires désireux de déclarer leurs couleurs, par exemple). Les dispositions actuelles sont en cours d’amélioration. « Je ne pense pas que cette barre soit un obstacle majeur. »
- Christiane HEAD reconnaît cependant que la fixation d’un seuil de revenus pour éviter les mauvais payeurs n’a pas été une réussite, d’autant plus que... ce ne sont pas toujours les petits propriétaires qui paient le plus mal... Peut-être faudrait-il songer, si l’on veut éviter les mauvais payeurs, à instaurer un contrat adéquat ?
Revenant alors au premier sujet de discussion, celui des retransmissions télévisées, Tony CLOUT émet le voeu qu’on interviewe plus les propriétaires que les entraîneurs, la victoire étant forcément moins banale pour ceux-là que pour ces derniers.
- Laurent BROOMHEAD continue sur le sujet des retransmissions télévisées, et prend comme exemple le symbole d’Equidia : le chapeau haut-de-forme. Quelle erreur ! dit-il, que de donner des courses cette image élitiste et surannée... Gérard SAMAMA proteste : le haut-de-forme, par exemple au meeting royal d’Ascot, c’est le rêve, il ne faut pas enlever le rêve aux propriétaires... Tony CLOUT n’est pas d’accord avec cette dernière remarque : l’image est quand même trop désuète ! Royal Ascot, ce n’est qu’une fois par an...

2) La valorisation des propriétaires

C’est la remise des trophées qui occupe d’abord le centre du débat.
- M. GIAOUI commence par proposer qu’on remette à chaque victoire un petit trophée (un petit cheval, par exemple).
Yvan FELLOUS intervient dans le même sens, en notant qu’en province (il cite, comme exemples, les hippodromes d’Hyères et de Cavaillon) il a très souvent assisté à une remise de coupe à chaque victoire, avec une ambiance festive garantie !
- Laurent BROOMHEAD fait remarquer qu’il y a cependant eu des progrès, avec le cadeau de la photographie de l’arrivée.
- Patrick FELLOUS voudrait qu’on s’attarde sur le cas des propriétaires qui viennent de gagner : les retransmissions télévisées ne les valorisent pas assez, dans la mesure où c’est juste à ce moment-là, le plus souvent, qu’on rend l’antenne pour la publicité. Du coup, le côté « fête », avec le propriétaire gagnant entouré de ses amis, est mis entre parenthèses. Laurent BROOMHEAD répond qu’il s’agit bien sûr d’un problème de rentrées publicitaires incontournable, mais qu’on peut essayer d’améliorer les choses. Pourrait-on de temps en temps, par exemple, maintenir en médaillon l’image du retour aux balances et de la remise des trophées ?
- François CORDA souhaiterait, pour sa part, qu’on s’inspire des remises de prix aux sportifs, avec un podium pour les trois premiers à l’arrivée, et pas seulement pour le premier, ceci afin de flatter un peu l’ego du propriétaire qui trouve qu’il n’est pas assez souvent invité à participer à la liesse du clan des vainqueurs.
- Laurent BROOMHEAD reconnaît que la remise des trophées pose problème : telle qu’elle est, elle est encore un peu trop ringarde.
- Tony CLOUT conseille d’effectuer la remise des prix dès l’arrivée, car sinon on s’intéresse déjà à la course suivante ! Et surtout le moment d'émotion est passé, et le cheval reparti aux écuries.
- Laurent BROOMHEAD se demande s’il ne faut pas le faire sur la piste.
- Patrick FELLOUS n’est pas d’accord : « Il faut remettre le propriétaire... en selle, dit-il, plus que le cheval ! Il faut en tout cas trouver des solutions qui mettent les propriétaires en valeur. »
- Stéphane GUY, de Canal+, raconte qu’il a été choqué, il y a moins d’un mois, par la comparaison qu’il a pu faire entre la remise des trophées à Old Trafford, à l’occasion de la finale de la Ligue des Champions, et celle du Prix du Jockey-Club, le lendemain, à Chantilly, l’une brillant par sa rapidité, l’autre par sa lenteur !

On en vient ensuite à la réception des amis des propriétaires. Plusieurs participants avouent qu’ils préfèrent inviter leurs amis... à Vincennes, hippodrome plus convivial que ses homologues du plat !
- Corine BARBE attribue cette préférence au fait que, les champs de courses étant beaucoup plus nombreux au galop qu’au trot, on ne peut pas offrir les mêmes services au galop.
- M. DURAINCIE signale que sur le site internet de « degriftour » on propose des forfaits très intéressants pour des journées aux courses (avec accueil personnalisé, champagne, etc.), et s’étonne qu’on soit si peu au courant.
- José BRUNEAU DE LA SALLE souhaite qu’un directeur de réunion ait, entre autres tâches, celle de s’occuper des propriétaires de partants. Il cite le Président BABOUIN qui savait si bien le faire à Lyon : on se sentait le roi, grâce à lui.
- Patrick FELLOUS fait une proposition : que l’on puisse organiser beaucoup plus facilement une petite fête à chaque fois qu’à l’occasion d’un quinté on souhaite recevoir des amis ; une participation pourrait être demandée à partir, par exemple, du 5ème invité. Cela inciterait davantage les propriétaires à faire venir leurs amis ou clients, sans oublier leurs épouses. Sans doute faudrait-il sous-traiter à une société spécialisée cet accueil.

3) L’argent

Le problème de l’assurance responsabilité civile est abordé en premier.
- Laurent BROOMHEAD fait un rappel de notre offre d’assurance à prix modique, sans aucun prélèvement sur les gains en course : 10 euros pour les adhérents, 80 euros pour les non-adhérents, quel que soit le nombre de chevaux. Il rappelle le risque encouru, et développe l’exemple de ce cheval qui a soudain foncé sur une voiture de service, et a blessé un employé, d’où un préjudice de l’ordre d’une centaine de milliers d’euros !
- M. GRANDJACQUET, l’assureur des Actionnaires du Galop, expose l’offre qu’il propose.
Gérard SAMAMA prend la parole pour ironiser sur cette « récente découverte » des Actionnaires du Galop, alors que dans son association, tout le monde est assuré depuis longtemps !
- Corine BARBE que le problème est justement que tous les propriétaires ne sont pas avertis du risque potentiel encouru. Ce qui est justement l'objectif de notre démarche.
On en vient ensuite au sujet des allocations, étant entendu, précise Laurent BROOMHEAD, qu’on ne peut demander aucune augmentation chiffrée sans savoir comment on va la financer.
- José BRUNEAU DE LA SALLE pense qu’étant donné qu’on a fini de financer la décentralisation et les simultanées, on va pouvoir s’attaquer à l’augmentation des allocations.
- Marcel ROLLAND demande quelles sont les orientations actuelles de l’Etat.
- Corine BARBE lui répond qu’un plan sur quatre ans est prévu, et que les modalités en sont à définir. On voudrait garantir + 6 % par an, et ensuite voir comment répartir cette augmentation. L’idéal serait que France Galop ne soit pas imposé avant, mais après bénéfice. Les courses constituent la 3e industrie française. La baisse de 4 % du prélèvement sur les jeux simples en 2001 a entraîné une importante augmentation des enjeux sur ce type de pari. Cela prouve qu’une telle diminution est possible et favorable. Il faut donc agir pour obtenir une baisse sur les autres types de jeux. Il serait également judicieux de se préoccuper des frais de gestion du PMU. En tout état de cause, chaque euro économisé doit aller en priorité aux propriétaires !
- Gérard SAMAMA prend l’exemple du quinté pour montrer que les allocations n’augmentent guère, et demande que les sociétés soient servies d’abord, selon leurs besoins, et que le PMU soit servi après.
- Laurent BROOMHEAD continue sur le sujet du PMU en faisant remarquer que nous avons peu de contrôle sur sa Communication, dont le budget en achat d'espace est 40 fois supérieur à celui de la communication de France Galop, alors que ce GIE dépend des sociétés de courses !
- José BRUNEAU DE LA SALLE note que nous avons ce contrôle par les textes, mais que nous ne l’exerçons pas assez.
- Guy de LA BROSSE (Paris-Turf) rappelle le principe de l’indexation des budgets sur les enjeux. Va-t-on maintenir ce principe ? L’Etat continuera-t-il à se servir en premier ? Peut-être les dirigeants des courses ne sont-ils pas assez joueurs, et laissent-ils faire le PMU ?
- Patrice RENAUDIN fait remarquer que 6 % d’augmentation des allocations ne peut couvrir que 3 % d’augmentation des frais d’entretien, puisqu’il est connu que les gains ne couvrent en moyenne que la moitié des frais. Il note cependant que la possibilité de se déclarer propriétaire professionnel est un progrès notable.
- Gérard SAMAMA s’en prend aux contrôles fiscaux, beaucoup trop fréquents à son goût.
- Tony CLOUT estime cependant qu’actuellement il y a moins de risques en cas de contrôle fiscal. Les choses sont plus claires après les directives publiées en 2002 par les services fiscaux.
- Yannick BEYO évoque les joueurs, dont il n’est pas assez question, à son gré. Comment parier, en province, dans des courses de 3 ou 4 partants ?
- Gérard COHEN demande qu’on parle de la sponsorisation. On sait que dans les courses de groupe 1, on n’a pas le droit de faire figurer le sponsor sur la casaque. Marcel ROLLAND cite le cas récent de Fair Mix, de l’écurie Week-End.

La conclusion approche. N’est-ce pas le moment, face aux difficultés recensées, et au vu des nombreuses analyses communes, d’unir les efforts de tous les propriétaires, pour que leurs représentants soient plus forts ?
- C’est cette réunion des forces que propose Laurent BROOMHEAD au nom des Actionnaires du Galop, et il profite de la présence de Gérard SAMAMA, qui peut parler au nom d’une des deux associations concurrentes, pour lui proposer l’union.
- Gérard SAMAMA refuse la main tendue : non à l’union ! Trop souvent, dit-il, Corine BARBE s’est opposée à lui, en particulier dans les négociations avec les jockeys, comme à propos du remboursement de leurs frais.
- Corine BARBE défend son point de vue et ne veut en aucun cas fonder une défense des propriétaires sur des déchirements entre les corporations. Nous sommes attachés à l'idée de l'union pour aller de l'avant, et obtenir plus l'ensemble de la filière, à travers les propriétaires.
- Maurice PHILIPPERON prend alors la parole pour dire que 1 F 28 du km (1 F 31, rectifie Gérard SAMAMA), ce n’est pas énorme. Et de rappeler la vie difficile de la plupart des jockeys.
- José BRUNEAU DE LA SALLE insiste quand même sur l’union : « Grossissons le gâteau, dit-il, pour que tout le monde ait une part plus grande ! »
- Bertrand DUTRUEL évoque le problème de la difficulté de plus en plus grande à trouver du personnel, la motivation ayant, le plus souvent, disparu.

Laurent BROOMHEAD conclut le débat en mettant l’accent sur la difficulté qu’il y a à organiser un débat vraiment novateur, sachant qu’il n’existe pas de solutions toutes faites. « Mais on a le mérite d’essayer, ce soir. », dit-il avant de remercier d’un dernier mot tous les participants.